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Leçons de l’apprentissage d’une technologie complexe par des accidents majeurs

L’accident de Fukushima repose la question de la viabilité sociale et économique de la technologie nucléaire. Pour y répondre, on analyse ici le processus d’internalisation des coûts externes du nucléaire qui se concrétise par une complexification permanente de la technologie et présente la particularité d’être scandé par des accidents majeurs. Il a contribué à désorganiser le processus d’apprentissage de la technologie et à mettre en question les préférences sociales pour finir par s’interroger sur sa compétitivité pour les investisseurs. Des institutions indépendantes de sûreté sont devenues une condition de son déploiement, au risque de ne pas faciliter la stabilisation de la technologie, condition de sa viabilité économique. Dans cette perspective, l’article montre que la nouvelle séquence d’internalisation des coûts externes du nucléaire ouverte par Fukushima aura des effets limités sur les coûts, du fait des étapes antérieures d’approfondissement de la sûreté. La complexification de la technologie atteint une asymptote : on est en train de sortir du défi d’apprendre par des accidents. En revanche, il faut arriver à garantir la sûreté maximale en s’attaquant à l’autre racine du problème : celui de l’indépendance et de compétences des autorités de sûreté dans tous les pays, ce qui ne se décrète pas. C’est pourtant à ce prix que sera préservé ce bien public mondial que constitue l’acceptation du nucléaire.

The economics of nuclear energy revisited: lessons from the use of a complex technology subject to major accidents

The Fukushima accident again raises the issue of the social and economic viability of nuclear technology. To reassess this viability, we analyze the methods used to internalize the external costs of nuclear energy. These have over time become increasingly complex technologically and specifically affected by major accidents. This combination has served to upset the classical learning curve, calling into question nuclear’s cost base, social acceptance in the face of climate change and profitability for investors. It has become essential to put in place independent institutions to regulate the safety aspect of nuclear technology and these form a hindrance to its standardization, in turn affecting competitiveness. Nevertheless, the paper argues that the new sequence of internalization of external costs triggered by Fukushima will have limited effects on overall costs, because of previous measures already taken to improve safety. The complexity of nuclear technology is reaching its asymptote: the challenge of “learning from major accidents” will decrease. On the other hand, the independence and competence of nuclear safety authorities in all countries must be revamped to maximize safety and minimize residual risks. This cannot just be done by decree. However, it is the only way to preserve this global public good – the social acceptance of nuclear technology.

Dominique Finon, directeur de recherche au CNRS, est chercheur au CIRED (Centre international de recherche sur l’environnement et le développement). Il travaille spécifiquement sur les politiques publiques et la régulation des industries électriques et gazières. Auparavant, il a dirigé l’Institut d’économie et de politique de l’énergie du CNRS-Grenoble de 1990 à 2002, puis le Laboratoire d’analyse économique des réseaux énergétiques (LARSEN), un GIS du CNRS, de Paris-sud et d’EDF R&D. Il a présidé l’Association des économistes de l’énergie de 2005 à 2008.

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