Les frappes récurrentes de drones et de missiles russes (et ukrainiens) sur des raffineries, des centrales électriques et même à proximité de la centrale nucléaire de Zaporijjia, rythment depuis près de quatre ans les opérations militaires dans la première guerre majeure en Europe depuis 1945. Chaque belligérant cherche ainsi à perturber les approvisionnements énergétiques de l’autre, pour paralyser son action militaire, aussi bien que pour faire s’effondrer sa volonté de combattre. Cette situation décrit à elle seule l’importance de l’énergie au sein de la conflictualité. Sans énergie, une force armée est immobile, sourde et aveugle. La mobilité, les communications, les capteurs, les systèmes de commandement sont autant d’enjeux pour lesquels l’approvisionnement en énergie est majeur et dont la consommation (avec la numérisation) ne cesse de progresser. Plus que jamais, l’énergie est un facteur de la conflictualité, sans doute pas décisif par lui-même, mais profondément stratégique.
Nicolas Mazzucchi est sous-directeur stratégie navale, wargaming et prospective du Centre d’études stratégiques de la Marine. Docteur en géographie économique, il est l’auteur de plusieurs ouvrage sur les questions de stratégie navale, d’énergie et de cyberstratégie dont Énergie, ressources, technologies et enjeux de pouvoir (Economica, 2017). Son dernier livre, La confrontation en mer, est paru en 2024 aux éditions du Rocher.
